Les murmures de la Mandorne
Economie Solidaire ou "Autre Economie", Environnement, Evolution des comportements
- L'économie sociale et solidaire: Pôle éthique de la mondialisation ?
- Pour une autre vision de l'économie
- Vers une autre science économique (et donc un autre monde) ?
- La décroissance au coeur du dernier texte d'André Gorz
- A propos de la prégnance travail/emploi
- Le droit d'exister ... lors le travail salarié ?
- Indicateurs du développement HUMAIN ?
- La lutte contre le changement climatique
- Premiers engagements de la grande distribution
- Après nous, le déluge ?
L'ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE : Pôle éthique de la mondialisation ?
Résumé
Dans la plupart des pays du monde, au Nord comme au Sud, des initiatives économiques populaires associent des gens pour entreprendre autrement. Plusieurs de ces initiatives de même que des dispositifs innovateurs d'accompagnement (en matiére de financement, d'aide à la création d'entreprises, d'insertion socioprofessionnelle et de soutien à la relance de communautés locales ...) révélent en fait de nouvelles pratiques de solidarité économique et sociale. Autrement dit, plusieurs logiques guident l'essor du développement économique et social de nos sociétés : celle du marché et de l'état mais également celle des entreprises collectives et de la société civile.
Les initiatives économiques populaires observées depuis une dizaine d'années dévoilent une économie sociale et solidaire sortie de son éclipse de plusieurs décennies et offrant un potentiel de développement de nouvelles formes de régulation éthique de la mondialisation. Plutôt qu'une nouvelle forme de gestion sociale de la pauvreté, elles témoignent d'une réponse inédite à des besoins sociaux (nécessité), à des aspirations de développement d'appartenances collectives (identité), le tout se conjuguant avec la visée d'un monde démocratique et équitable (projet de société). De plus, le concept d'économie sociale et solidaire par son approche transversale, son caractére inclusif et par le projet d'économie politique dont il est porteur s'avére fédérateur de nombreuses initiatives à l'échelle locale, nationale, régionale et mondiale.
Contact :
Dr Ninou Garabaghi, UNESCO
Responsable du programme interdisciplinaire Ethique de l'économie
Secteur des Sciences sociales et humaines
e-mail : n.garabaghi@unesco.org
Documents accessibles en ligne : http://unesdoc.unesco.org/ulis/index.html
Par Louis FAVREAU Professeur de Sociologie à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Canada
Pour une autre vision de l'économie
Comme économistes, nous ne trouvons pas acceptable que l'économie occupe une si grande place dans nos sociétés au détriment des autres sphères d'activité humaine. Nous contestons le discours économique dominant, tant dans sa logique que dans ses fondements et dans son programme politique. L'espace public est aujourd'hui accaparé par un discours économique souvent qualifié de " néolibéral ". Ce discours est pourtant loin d'être nouveau, il a plusieurs siècles d'existence.
Le laisser-faire ne peut être la solution aux problèmes de la société. Cette vision nous conduit à l'impasse, voire à la catastrophe. Dans le contexte actuel, les coûts économiques, sociaux et environnementaux du laisser-faire rendent nécessaire d'inventer l'avenir autrement. Or, les défis sont nombreux, les choix à faire et les actions à mener multiples.
Sur quelles bases aborder ceux-ci ?
(...)
L'activité économique n'est pas une sphère autonome de la vie sociale, elle est elle-même un fait social. En outre, l'économie est fondamentalement politique, ce pourquoi d'ailleurs, dans ce domaine, l'espace académique et l'espace du politique sont intimement liés. Enfin, l'économie est aussi fondamentalement éthique. C'est pourquoi nous pensons que des réformes fondamentales sont nécessaires afin de mettre l'économie au service des êtres humains plutôt que l'inverse, comme c'est souvent le cas actuellement.
Le fait qu'économie, politique et éthique doivent être pensées et organisées ensemble est une conviction largement partagée. En effet, des millions de personnes, des milliers d'organisations à travers le monde, le démontrent tous les jours, chacune à leur façon. Les multiples expériences de relance dans les territoires que l'on dit dévitalisés, les nombreuses initiatives et entreprises relevant de l'économie sociale et solidaire, les différents mouvements sociaux (altermondialistes, écologistes, communautaires, féministes, syndicaux, etc.) sont autant d'affirmations de la nécessité de construire l'avenir autrement, en organisant différemment l'activité économique dans la société. Nombre d'organisations internationales sont également traversées par ces débats."
Extrait du texte rédigé par Kamel Béji, Guy Debailleul, Gilles Dostaler, Bernard Élie, Frédéric Hanin, Sylvie Morel, Vincent van Schendel. et co-signé par 60 autres économistes en janvier 2008.
Ce texte, ainsi qu'un texte synthèse et la mise à jour des signatures, est disponible sur le site : http://www.economieautrement.org
Vers une autre science économique (et donc un autre monde) ?
On ne desserrera pas l'emprise toute-puissante de l'économie (et de la finance) sur nos vies, on ne bâtira pas un " autre monde " sans ébranler la croyance en la science économique orthodoxe, celle qu'on enseigne à l'identique sur toute la planète désormais, et qui nous persuade qu'il n'y a pas d'alternative, pas d'autre voie possible. Or, chose étrange, ce paradigme standard, le modèle économique tout-puissant auquel tout le monde affecte de croire, est, en même temps, d'une extrême faiblesse, presque intégralement réfuté, si bien qu'à de multiples égards on peut aussi bien dire que personne n'y croit plus guère. D'où vient alors sa force ? Au premier chef, de l'éparpillement de ses critiques, de la dispersion qui règne entre les écoles économiques hétérodoxes. Chacune déclare séparément que le roi est nu, alors que ce qui les unit est infiniment plus important que ce qui les sépare, et qu'elles convergent vers ce que l'on peut appeler une économie politique institutionnaliste. Encore faut-il en prendre conscience et en tirer les conséquences.
La Revue du MAUSS semestrielle n 30, deuxième semestre 2007, MAUSS/La Découverte, 320 p., 22 €.
La décroissance au coeur du dernier texte d'André Gorz
Le 17 septembre 2007, juste avant de se donner la mort avec son épouse, le philosophe André Gorz avait transmis un article à la revue EcoRev'. La décroissance est au coeur du dernier texte de cette figure de vie intellectuelle française : " La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d'autres rapports sociaux. En leur absence, l'effondrement ne pourrait être évité qu'à force de restrictions, rationnements, allocations autoritaires de ressources caractéristiques d'une économie de guerre. La sortie du capitalisme aura donc lieu d'une façon ou d'une autre, civilisée ou barbare. "
A propos de la prégnance travail/emploi
Un système socioculturel créé en vue de la marchandise reine ne peut donner naissance qu'à un système hiérarchique centré sur la production de marchandises et en conséquence châtre toute créativité n'aboutissant pas à la création de marchandises. (...) Ce qui se vend le mieux, c'est toujours ce qui crée le moins d'inquiétude, à savoir l'expression des lieux communs et des préjugés d'une époque.
(...)
Devant la crainte imminente du désastre, ayant essayé auparavant sans succès tous les petits moyens que la technique peut lui offrir pour retarder la disparition des systèmes hiérarchiques de dominance qui sont à l'origine de la destruction et de l'épuisement de la biosphère, comme de l'insuffisance de ses systèmes sociaux, changera-t-il les moyens utilisés jusqu'ici pour survivre.
(...)
Il faut motiver l'homme de demain pour qu'il comprenne que ce n'est qu'en s'occupant des autres, ou plus exactement des rapports des hommes entre eux, de tous les hommes quels qu'ils soient, qu'il pourra trouver la sécurité, la gratification, le plaisir. Je ne suis pas loin de croire que nous entrons dans une ère où il ne sera plus possible d'être heureux seul où à quelques uns. Nous entrons dans une ère où toutes les " valeurs " anciennes établies pour favoriser la dominance hiérarchique doivent s'effondrer. (...) Alors il ne nous reste plus qu'à attendre qu'une pression terrible de nécessité, que le déterminisme de l'évolution s'en charge, ou ne s'en charge pas...
(...)
Le cercle est fermé, vicieux et ne peut aboutir qu'à l'expansion économique, à l'insatisfaction mitigée en pays industrialisés, à la souffrance muette et fataliste en pays sous-développés, à la pollution grandissante et à la mort de l'espèce. Il faut propager au plus vite cette notion que l'homme " n'est " pas une force de travail, mais une structure qui traite l'information et qui se trouve être également une source nouvelle d'information.
(...)
Il est grand temps que l'homme réalise que cette information doit avoir avant tout pour objet la création d'informations-structures sociales qui ne soient plus centrées sur le processus de production matérielle.
(...)
Ainsi ce qui risque de sauver l'espèce humaine, ce n'est peut-être pas tant le fait que " l'homme soit un animal qui fait des outils " mais bien plutôt qu'il est un animal, le seul sans doute, qui sache qu'il doit mourir.
Source : Henri Laborit dans "La Nouvelle Grille".
Ecrit en 1974 ; 34 années se sont ajoutées, une génération dans "l'inentendu" !
Une innovation de rupture : l'économie solidaire !
Une définition de l'économie solidaire (Jean-Louis Laville) :
"Ensemble des activités contribuant à la démocratisation de l'économie
à partir d'engagements citoyens".
Les grandes institutions et l'Autonomie des Personnes !

... et puis se "former" tôt pour avoir un emploi :

A propos de la prégnance travail/emploi
Légende : " Ce n'est pas à quatre ans de l'apocalypse que je vais commencer à me faire ch... ! "
(Ce serait ce que pense le personnage central ?)
Commentaires éventuels via le blog : cliquer ici
Assez éloigné de la notion de "but d'existence" qu'il pouvait porter idéologiquement, le travail, aujourd'hui et pour la majorité des français, représente avant tout la possibilité d'accéder à une ressource financière. Et il s'agit d'un objectif incontournable : " pour "exister", il faut avoir un travail et gagner ainsi de l'argent : pour être comme tout le monde, pour participer à la vie de la société, notamment en accédant aux marquages sociaux et aux "récompenses" procurées par la consommation (devenue si chère à notre perception du "progrès").
Sur le plan général, le contexte montre la tendance grandissante des pertes d'emplois dans les pays occidentaux, au profit des populations des pays émergents (à noter que, péjoratif chez les premiers, ceci représente souvent un progrès matériel chez les seconds). Le problème, avec cette raréfaction d'emplois chez les pays occidentaux, c'est: " qu'il n'y a rien de pire qu'une société fondée sur l'idéologie du travail et qui offre de moins en moins de possibilités d'emplois ".
En praticien spécialiste Josep E. Stiglitz (La grande désillusion - 2002) nous donne ses conclusions : " La mondialisation ça ne marche pas. Nous avons liés les échecs de la mondialisation à un phénomène précis : la dominance sans partage des intérêts et des idées du commerce et de la finance. " Il est difficile de ne pas voir que la stratégie de l'économie mondiale vise un accroissement des ventes auprès des marchés potentiels de demain, c'est-à-dire là où les populations sont les plus nombreuses et où il y a le plus de besoins à satisfaire : les pays émergents. Et pour rendre "solvables" les habitants de ces pays les moins développés actuellement, il faut leur procurer des ressources. Celles-ci sont rendues possibles sous forme d'emplois offerts dans des entreprises nouvelles qui s'implantent là-bas ... et qui se délocalisent d'ici. C'est ainsi, pour le monde libéral, faire d'une pierre deux coups : générer des clients nouveaux et obtenir une réduction des budgets affectés aux salaires des employés.
Les pays industrialisés ne présentant pas autant de perspectives de développement, beaucoup d'entreprises s'évadent vers d'autres horizons. Il faut voir aussi que la richesse actuelle des pays les plus développés (au sens niveau de PIB) constitue un handicap pour le maintien, localement, d'entreprises génératrices d'emplois (niveaux de salaire, charges patronales pour alimenter les transferts sociaux, défenses des acquits par les syndicats, ...). De plus ce modèle de société de croissance est hyper consommateur ; il sera de plus en plus confronté à une hausse des prix des énergies et des matières premières, d'une part, et montré du doigt en regard de l'entropie qu'il génère au niveau mondial, d'autre part.
On voit bien que la situation se dégrade en France où l'on observe de plus en plus d'exclusion et de précarité, malgré des décennies d'interventions de l'état. Citons par exemple le bilan de la politique de la ville et de l'égalité des chances (...) ou les faibles résultats de l'insertion par l'activité économique en regard des importants investissements de l'ètat et des Régions (une forte part étant consommée par ces structures spécialisées et par leurs organismes souvent institutionnalisées). Le chômage et les divers dispositifs d'aides (notamment le RMI) ont pour résultat de marquer négativement les familles contraintes d'y avoir recours ; cette stigmatisation atteignant le maximum avec les aides alimentaires d'urgence.
Toutes ces tentatives ont pour but d'essayer de corriger les effets destructeurs de l'économie libérale, par des interventions d'un état social. Le paradoxe est que ces structures institutionnelles, devenues avec le temps hypertrophiées, complexifiées dans de multiples dispositifs d'accompagnements, d'aides et d'assistanats, représentent en fait des coûts importants pour la collectivité et les entreprises (confrontées à la concurrence mondiale) et qu'elles provoquent une modification du "milieu sociétal" avec entre autres des changements de mentalités de certains publics qui se trouvent ainsi orientés vers l'accès à des "droits sociaux", sans de réelles perspectives pour retrouver leur capacité d'autonomie dans la société (J.L. Laville parle de " carrière d'assistés sociaux " !). Cet appareil institutionnel n'entretient-il pas ce contre quoi il devait lutter ; ne pourrait-on pas dire que finalement il s'occupe essentiellement de la gestion des "exclus", faute que de pouvoir agir concrètement sur les causes de l'exclusion ? " Plus croissent les grandes institutions de nos société industrielles plus elles deviennent un obstacle à la réalisation des objectifs mêmes qu'elles sont censés servir. " (Ivan Illich - Libérer l'avenir - 1971)
Pouvons-nous, à terme, gagner la bataille de l'emploi ? Et ce combat est d'autant plus difficile à mener que ces emplois se dirigent vers les pays qui en ont réellement besoin pour sortir d'une grande pauvreté ! Alors, ne serait-ce que pour fuir cet avenir déprimant, il apparaîtrait judicieux de revoir les fondements de certains de nos comportements et de s'engager dans des innovations importantes ?
Déjà en 1984 le professeur Yolande Bresson préconisait un "après salariat" faisant appel au concept du "Revenu d'existence" ou "Revenu de citoyenneté". Allocation universelle octroyée à toutes personnes afin qu'elles puissent, dans une société humaine, avoir un accès inconditionnel à la satisfaction des besoins physiologiques de base. Un complément éventuel (le "deuxième chèque") restant possible pour chaque individu, libre de rechercher alors, aux périodes opportunes, des activités salariées. André Gorz, en 1983, parlait d'un revenu social à vie et d'un droit d'accès au moyen de produire et de créer ce qu'on désire utiliser, échanger soi-même, hors marché, au niveau de communautés ou d'associations.
L'adoption d'un revenu universel inconditionnel pourrait se substituer à une grande partie des aides sociales actuelles en limitant donc son poids financier. Ce serait surtout mettre un terme aux mises en cause de la dignité des personnes qui ne seraient alors plus marquées par un assistanat réservés à des "perdants" (dégradant profondément l'estime de soi) !
Jean-Louis Laville (Les enjeux de l'économie solidaire - 2007) développe cette question : " Le principe de l'inconditionnalité du revenu est censé desserrer les contraintes monétaires et faciliter la pratique d'autres activités que le travail salarié. "
En effet ces autres activités permettent à chacun d'être quelqu'un, en ayant ainsi une place, un rôle et des liens avec les autres citoyens. Ces activités libres, pouvant venir en "contre don" (et dégager ainsi une finalité d'intérêt collectif), mais elles peuvent aussi se limiter à une formation, une passion, etc.
Ce même auteur écrit : " Puisque l'économie marchande ne suffit plus à assurer l'emploi, il convient d'organiser à ses côtés des activités obéissant à d'autres règles. " Et il souligne certains aspects :
- la nécessité de faire évoluer le modèle économique dominant actuel afin qu'il devienne moins générateur d'écarts entre les personnes
- ce secteur d'activités, hors de la société salariale, ne doit pas ouvrir la porte à la régression sociale avec des occupations stigmatisantes (qui seraient réservées à des populations fragilisées) et de plus ces postes d'implications doivent s'inscrire dans la durée.
L'objectif serait de créer des espaces publics autonomes, terrains de la société civile, vecteurs du dynamisme démocratique (créativité, co construction des projets, démarches participatives) et promoteurs de la notion de biens communs (relations avec les autres, cadre de vie, environnement, ...).
Beaucoup de choses se déstabilisent. Nous allons vers un tout autre monde et il devient urgent de mieux nous y préparer. Pourquoi attendre la pression d'une nécessité qui sera cataclysmique, comme on nous le répète.
Pourquoi attendre toujours plus tard pour commencer à changer ...
ce que nous aurions dû faire déjà depuis fort longtemps ?
Indicateurs du développement HUMAIN ?

"Aujourd'hui on parle de "Décroissance" (on appelait ça "écologie" il y a 30 ans) : qui a bougé, qui bougera ?
Après nous, le déluge ?
Extraits, tirés de la note de Jean-Michel Dumay ; LE MONDE, le 09.02.08
L'aspiration à l'éternité est aussi vieille que l'humanité, nous rappelle Nicole Aubert, sociologue de l'hyper modernité, dans la dernière livraison de la revue Etudes (février 2008). "Elle est une tentative de réponse à cette absence de sens à laquelle conduit l'angoisse du néant." Mais, même si les religions font de moins en moins recette dans les sociétés occidentales cette quête d'éternité demeure : chacun est devenu, pense ainsi la sociologue, "l'artisan de sa propre sphère de sens et forge lui-même le sens qu'il entend donner à sa vie". Tout se passe comme si "d'une certaine façon, le dieu auquel on se réfère, c'est soi-même". Le dieu individu a donc ses évangiles. Grâce aux progrès médicaux, l'individu a reculé les limites d'acceptation de la souffrance. La santé est un droit. Grâce à la libéralisation des moeurs, il a grandi en poussant les barrières (supposées) trop contraignantes à son épanouissement. Le divorce est un droit. Grâce aux recettes diététiques, son corps ne connaît plus les outrages du temps. Vieillir sans rides est un droit. Etc. Tout cela pour s'inquiéter d'une autre problématique, entrouverte également par Etudes : la question de la transmission aux futures générations. Car quand l'individu en son miroir est à ce point dieu ou roi, qu'il s'adonne au culte de l'instant présent, qu'il fait si peu de cas du futur, que le désir d'enfant paraît parfois si narcissique, qu'advient-il de la chaîne qui nous unit dans l'histoire de l'humanité ? "L'absence de transmission est aujourd'hui tout aussi violente qu'a pu l'être autrefois l'autorité des maîtres et des pères", estime Nathalie Sarthou-Lajus. On ne peut s'empêcher de rapprocher ces réflexions actuelles du propos, un brin pessimiste, de Jean-Pierre Dupuy, professeur de philosophie sociale et politique à l'Ecole polytechnique et à l'université Stanford, qui milite pour un "catastrophisme éclairé" (Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2002). Pour Jean-Pierre Dupuy, "le temps est venu de mener une réflexion sur le destin apocalyptique de l'humanité. Il nous faut apprendre à affronter la catastrophe, à ne plus l'imaginer dans un futur improbable, mais à la penser au présent".
Avec l'espoir que cet avenir, bien qu'inéluctable, n'ait pas lieu." Avançons que cela peut se faire, hors des schémas rationnels économiques ambiants, en promouvant et en transmettant avant tout des valeurs et des principes donc non marchands : de la dignité, par exemple, de la droiture, de l'intégrité. Pourquoi ?
Note : Au "manque d'allure" de la performance marchande et prédatrice, serait-ce faire place à une certaine forme d'élégance ?
Grenelle : Premiers engagements de la grande distribution
Mesure emblématique annoncée dès la fin du Grenelle :
L'étiquetage environnemental démarre en 2008
par une expérimentation sur 300 produits de consommation courante.
Objectif : informer les consommateurs sur les principaux impacts environnementaux des produits de consommation courante d'une part, et encourager la réduction de ces impacts d'autre part. La démarche sera " progressivement étendue, à compter de 2010, en fonction des résultats obtenus ". Pour y parvenir, une méthodologie doit être trouvée, à l'instar de celle mis en place récemment chez Casino. L'enseigne s'est en effet engagée en juillet 2007 à étiqueter près de 3000 produits issus de sa marque en donnant pour chacun d'eux les émissions de CO2 liées à la fabrication de l'emballage, les possibilités de recyclage, ainsi que les kilomètres parcourus par le produit. Un code couleur (du vert au rouge) sera décliné selon l'ampleur des impacts environnementaux associés au produit, à l'image de l'étiquette énergie. La méthode a été approuvée par l'ADEME, qui a également apporté un soutien financier à la démarche de Casino.
Autre engagement très attendu : augmenter d'au moins 15 % par an la part des produits issus de l'agriculture biologique dans le total des ventes alimentaires. Actuellement, le marché du bio ne représente que 1,1 % du total des ventes alimentaires (contre 3,3 % en Allemagne) mais sa progression, grâce aux marques de distributeurs moins chères que les " grandes " marques, montre que la demande est bien présente.
31/01/2008 - Source : Novethic
La lutte contre le changement climatique :
un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé
Le point de départ de l'action et de la direction politique est la reconnaissance par les gouvernements du fait qu'ils sont confrontés à ce qui est peut-être la menace la plus grave qui ait jamais pesé sur l'humanité. Affronter cette menace nécessitera de relever des défis à tous les niveaux. Le plus fondamental de ces défis réside peut-être dans notre façon de penser le progrès. Il ne pourrait pas y avoir de démonstration plus claire que celle faite par le climat que la création de richesse économique n'est pas la même chose que le progrès humain. Dans le cadre des politiques énergétiques actuelles, la prospérité économique croissante sera associée aux menaces grandissantes opposées à l'humanité actuelle et au bien-être des générations futures. Mais la croissance économique dépendante de fortes émissions de carbone est symptomatique d'un problème plus grave. L'une des plus rudes leçons qu'enseigne le changement climatique est que le modèle économique de la croissance et la consommation effrénée des nations riches sont écologiquement insoutenables. On ne pourrait pas infliger de plus profonde remise en question à nos hypothèses sur le progrès que le réalignement des activités économiques et de la consommation sur les réalités écologiques. Lutter contre le changement climatique nécessite que l'on place les impératifs de l'écologie au coeur de l'économie. Ce processus doit être initié dans le monde développé, et ce dès maintenant. Les incertitudes doivent être identifiées. Dans ce rapport, nous avons émis l'hypothèse que si l'on procède aux réformes nécessaires, il n'est pas trop tard pour ramener les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux tolérables, sans pour autant sacrifier la croissance économique : la prospérité croissante et la sécurité climatique ne sont pas des objectifs contradictoires. L'état actuel de la coopération internationale et du multilatéralisme concernant le changement climatique n'est pas adapté aux nécessités qui s'imposent. (...) La coopération internationale doit également contribuer à l'adaptation au changement climatique. Même si l'on parvient à une atténuation radicale, la planète est d'ores et déjà vouée à un réchauffement continu pendant la première moitié du XXIe siècle. Responsables du problème, les pays les plus riches ne peuvent se permettre de rester à l'écart et d'assister à la ruine des espoirs et des aspirations des déshérités que le changement climatique expose à des risques accrus.
(...)
Les pays développés doivent prendre les devants. Ils portent la responsabilité historique du changement climatique. Ils ont les ressources financières et les capacités technologiques nécessaires pour une réduction profonde et immédiate des émissions.
Source : Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008 (extraits des conclusions)
Note. D'autre part l'analyse des évolutions du PIB montre que :
" les progrès du bien-être ou du développement humain semblent en effet de moins en moins corrélés à la croissance économique, surtout si l'on tient compte de la durabilité, c'est-à-dire des besoins des générations futures. "
L'indice de développement humain et de progrès social se construit avec les indicateurs suivants :
santé (espérance de vie à la naissance), éducation (taux d'alphabétisation des adultes, taux de scolarisation), cohésion sociale (niveau des inégalités) et le PIB